Pendant des années, lorsque nous parlions du numérique dans les territoires ruraux, nous parlions d’abord de réseaux. Il fallait couvrir les zones blanches, déployer la fibre, garantir à chacun un accès aux services. Ce combat était indispensable et il continue aujourd’hui d’exiger toute notre vigilance, car la qualité, la résilience et l’entretien des infrastructures demeurent des conditions essentielles de l’égalité entre les territoires.
Mais un nouveau défi s’ouvre désormais devant nous.
Avec l’intelligence artificielle, la cybersécurité et la multiplication des outils numériques, la question n’est plus seulement celle de l’accès, mais aussi celle de la maîtrise. Car la prochaine fracture territoriale ne sera peut-être pas celle des infrastructures ; elle pourrait aussi être celle des usages.
Dans une commune rurale, un outil d’intelligence artificielle peut faire gagner un temps précieux. Encore faut-il savoir ce qu’il fait, comment il fonctionne, quelles données il mobilise et jusqu’où lui faire confiance.
Nous savons qu’aucune technologie ne remplacera jamais l’intelligence du terrain : le discernement d’un maire, l’expérience d’un secrétaire de mairie ou le dialogue avec les habitants. C’est précisément parce que l’intelligence artificielle doit rester un outil, et non devenir un décideur, que la souveraineté numérique commence par la capacité des élus à comprendre pour choisir librement.
C’est pourquoi l’Association des maires ruraux de France s’engage aux côtés de nombreux acteurs du numérique pour permettre aux élus ruraux de s’approprier ces nouveaux usages. À l’image du Tour de France de l’intelligence artificielle lancé avec l’IACL, dont le coup d’envoi sera donné à l’occasion de notre prochain Congrès dans le Gers, notre ambition est simple : donner aux maires les clés pour comprendre avant de choisir.
Il ne s’agit pas de promouvoir une technologie de plus, mais d’accompagner les élus, de partager les bonnes pratiques et de développer une véritable culture numérique adaptée aux réalités des plus petites communes.
Le maire rural n’a pas vocation à devenir expert. En revanche, il doit rester maître de ses décisions. L’intelligence artificielle peut éclairer une décision ; elle ne décidera jamais à sa place. Car le véritable enjeu n’est plus l’innovation elle-même, mais la capacité des maires à rester libres de leurs choix.
Les communes rurales ont toujours su transformer les contraintes en innovations. Je suis convaincu qu’elles sauront relever cette nouvelle étape, à condition que personne ne soit laissé de côté. Former, accompagner, transmettre : voilà sans doute le chantier numérique le plus stratégique des prochaines années. C’est aussi une condition de notre souveraineté démocratique. Car la meilleure innovation sera toujours celle qui renforce la liberté d’agir des élus locaux.
John BILLARD, Secrétaire général de l’AMRF en charge de l’intérim de la Présidence