En 1998, nous lancions le projet Cyber Cantal, premier projet de développement territorial adossé aux nouvelles technologies. Toujours actif, il a élargi son champ d’action au fil du temps passant par le télétravail, le haut débit, la connexion et l’équipement des collèges et des écoles, la téléconsultation dans les Ehpad, le soutien aux publics fragiles, l’agriculture connectée mais aussi l’inclusion numérique…
Autant dire que nous avons un certain recul sur ce que le numérique apporte à nos territoires mais également sur ses limites. Les 21 ans de RURALITIC sont l’occasion de tirer un premier bilan.
Premièrement, le numérique nécessite des infrastructures. Nous avons lancé collectivement le plus grand chantier national du 21ème siècle à ce jour, le Programme France Très Haut Débit. Localement, nous le conduisons en collaboration avec les trois autres Départements Auvergnats et la Région Auvergne-Rhône-Alpes.
Deuxièmement, le numérique offre une formidable opportunité pour conserver, pérenniser, développer, voire créer des services ou encore de nouveaux usages. Néanmoins, ce dernier ne doit être qu’un outil, qu’un facilitateur et non être vu comme une simple finalité.
Le prisme choisi est stratégique car, à défaut, le tout-numérique crée des fractures. La meilleure illustration reste la digitalisation, à marche forcée, de l’administration d’État et des services qui ont fait disparaître brutalement de nombreux services en ruralité et le contact humain. La motivation n’étant que budgétaire, nous en avons oublié l’essentiel qu’est l’usager !
En réalité, partout où l’État n’avait laissé que du numérique, les collectivités ont remis de l’humain. Les France Services, avec leurs médiateurs, les MicroFolies avec leurs animateurs, les Conseillers numériques dont l’État va abandonner le co-financement, ou encore, chez nous, la mobilisation des infirmiers et infirmières dans nos Ehpad aux côtés des patients pour des téléconsultations réhumanisées et l’installation d’animateurs dans nos télécentres et dans notre bus Cyber Cantal… Une connexion n’est pas un lien, elle est virtuelle.
Par ailleurs, si lors de la première édition de RURALITIC, certains élus ruraux s’interrogeaient : « allons-nous déployer les autoroutes de l’information pour faire rouler des grosses bagnoles américaines ? ». Ils pensaient à l’époque aux Gafa… Et c’était bien vu car ils sont devenus plus nombreux avec Netflix, Paramount, Disney+, et sont venus depuis s’ajouter de grosses berlines chinoises comme TikTok, Temu, Shein ou AliExpress… Par contre, peu mesuraient, à l’époque, l’enjeux des datas et de la cybersécurité.
Il est donc temps de considérer le Numérique comme un outil et une aide à l’administré, au citoyen…. Et qui nous redonne localement du pouvoir. C’est pourquoi cette année, à RURALITIC, nous allons regarder ce que les Objets Connectés peuvent faire pour nous, pour économiser l’eau, l’énergie, et retrouver des marges de manœuvre financière. Nous allons voir du côté de l’Intelligence Artificielle, car dans nos communes rurales caractérisées par un nombre restreint d’agents dans un environnement normatif qui s’alourdit chaque seconde, l’aide du numérique pour les tâches administratives est-elle la bienvenue ? Et enfin, nous nous poserons la seule question qui vaille quand on parle de souveraineté, celle de la cybersécurité, car nous sommes terriblement vulnérables, et on n’est pas libre quand on est une proie.
Quatre Maires sur dix sont des nouveaux élus. Nous avons voulu leur proposer cette année de prendre tout de suite de l’avance, et pour ceux renouvelés, les inciter à se saisir de la technologie par le bon bout, celui de l’intérêt général ! Le Cantal vous souhaite la bienvenue dans la nouvelle ruralité…
Bruno FAURE, Président du Conseil départemental du Cantal