Ruralitic - Le smart village
26 & 27 août, Château de Vixouze, Polminhac, Cantal, Auvergne

Oser innover, et oser partager
20 octobre 2018

Il y a un adage qui dit : « quand on se regarde, on se désole… mais quand on se compare, on se console ». C’est sûr que ça peut être difficile de comparer deux territoires aussi différents que le Québec et la France. De ce côté-ci de l’Atlantique, le Québec représente un vaste territoire de plus de 1,6 million de kilomètres carrés. C’est environ trois fois plus grand que la France. Et notre grand territoire est habité par 8,3 millions de Québécois, ça nous donne environ cinq habitants au kilomètre carré.

Alors que de votre côté de l’Atlantique, la France métropolitaine compte environ 67 millions d’habitants, ce qui donne environ 116 habitants au kilomètre carré. Ça veut dire huit fois plus de monde sur un espace trois fois plus petit ! C’est donc évident, lorsqu’on parle du développement des régions au Québec et en France, on n’a pas l’impression de partir sur les mêmes prémisses.

Et pourtant, nous partageons les mêmes motivations. Si je me retrouve avec vous, à ce 13erendez-vous de Ruralitic, c’est parce que nous avons tous de l’ambition pour nos communautés.

Avoir de l’ambition, c’est avoir le désir d’accomplir et de réaliser quelque chose de grand en y engageant sa fierté. Avoir de l’ambition pour nos communautés, c’est poursuivre un idéal d’équité dans l’occupation du territoire. C’est vrai pour nous, à Shawinigan et au Québec, et c’est tout aussi vrai à Aurillac et dans toutes les communes de France.

Et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je me suis lancé en politique municipale, pour relancer l’économie de ma ville dans un souci d’équité.

Dans les années 50, Shawinigan était une des villes les plus prospères au Canada. Les gens venaient de partout pour travailler chez-nous! Le salaire ouvrier moyen était le plus élevé au Canada. Grâce aux centrales hydroélectriques construites au début du 20esiècle par la Shawinigan Water & Power, de grandes industries se sont établi chez-nous. On fabriquait de l’aluminium, du papier, de la cellophane, du carbure de silice et nos usines livraient plus de 100 produits industriels dans 60 pays sur 5 continents! À lui seul, le complexe électrochimique donnait de l’emploi à près de 2 000 travailleurs.

Mais en 1963, la nationalisation de l’électricité au profit de la société d’état Hydro-Québec a signifié pour nous la perte de notre avantage concurrentiel et le déclin de nos industries. Les dernières grandes entreprises à fermer leurs portes chez-nous ont été la papetière Belgo-PFR en 2008, l’aluminerie de Rio Tinto Alcan en 2013 et la papetière Laurentide-PFR en 2014. Ces trois fermetures d’usines, en 7 ans, représente près de 1 500 pertes d’emplois très bien rémunérés. Et aussi une perte de près de 3,5 millions $ de revenus en taxes foncières municipales.

Aucune ville au Canada n’a connu une aussi importante désintégration de son tissu économique.

Puis, en même temps, on a aussi vécu ce qu’ont vécu de nombreuses régions du Québec, soit la décroissance démographique et le vieillissement de la population. On a vu partir notre jeunesse en direction des grands centres urbains. Pendant que se développent les nombreuses couronnes périurbaines de Montréal, les régions doivent multiplier les efforts pour retenir et pour attirer les jeunes de 35 ans et moins.

Pourtant, les régions du Québec sont dynamiques et il se créé des emplois. Mais la décroissance démographique fait en sorte que nos régions souffrent d’une pénurie de main d’œuvre spécialisée.

Il faut bien se le dire, on ne veut pas dresser les régions les unes contre les autres. On ne veut pas opposer les régions aux grands centres urbains. Mais il faut être capable de trouver un équilibre pour développer notre occupation du territoire en mettant à l’avant-plan des valeurs de respect mutuel et de valorisation de la diversité.

Mais, il y a de l’espoir. On remarque, de plus en plus, un profond désir des jeunes de vouloir rester dans leur région ou, encore, de vouloir découvrir d’autres régions. Mais pour soutenir leur désir de s’installer à l’écart des grands centres, il faut être capable de faire les choses différemment.

C’est ce qu’on a décidé de faire à Shawinigan.

Avec la mise en place d’un comité de diversification économique très dynamique, on s’est donné quatre cibles précises de diversification basées sur les forces économiques de notre territoire.

Puis, on a créé notre Communauté entrepreneuriale pour embarquer notre population dans un changement de mentalité. Ça nous a permis de développer une relève qui créé des entreprises et qui prend son avenir en main. La Ville de Shawinigan a aussi investi près de 15 millions de dollars pour convertir une vieille cotonnerie désaffectée pour en faire, en 2012, le Centre d’entrepreneuriat Alphonse-Desjardins. On a créé un écosystème pour accompagner nos jeunes entrepreneurs.

Puis, on a lancé, en 2014, une pépinière d’entreprises du numérique, le Digihub, au second étage de notre Centre d’entrepreneuriat. C’est un lieu conçu pour favoriser l’action et la concertation. Il offre l’écosystème nécessaire afin de mener à leur réalisation les diverses idées d’affaires liées au développement numérique dans quatre pôles principaux : le patrimoine et la muséologie numérique, l’usine intelligente 4.0, le divertissement numérique et le e-Santé.

Résultat : on retrouve aujourd’hui au Centre d’entrepreneuriat et au Digihub, pas moins de 54 entreprises et 13 organismes qui créent 248 emplois.

Depuis 2015, Shawinigan est devenue un exemple pour toutes les municipalités du Québec, un modèle structurant pour les territoires éloignés ou ruraux. Le gouvernement du Québec nous a donné la mission de mettre en place le réseau national des pôles d’innovation du Québec (RNPRI) qui soutiendra l’écosystème entrepreneurial innovant dans les 18 régions administratives du Québec.

Pour initier ce virage, je me suis inspiré de ce que j’ai vu ailleurs, à Bordeaux, à Lyon, à Barcelone, à Turin. J’ai vu comment on s’y prend pour prendre le virage numérique, le virage de développement durable, le virage qu’on dit « intelligent ».

Ce que je veux vous dire, en fait, c’est que j’ai saisi des opportunités. Quand on arrive à un carrefour, quand on fait face à des défis aussi majeurs, profonds et importants que ceux de la nouvelle économie numérique et du développement durable, il faut être capable de se recentrer sur « qui on est », sur ce qui nous définit le mieux.

Il faut oser innover.

Shawinigan a beaucoup à partager avec votre territoire, et en retour, vos apports en termes de rassemblement des villes moyennes françaises, est un modèle qui nous intéresse vivement ; autant jumeler nos efforts dans cette mobilisation, dans cet élan qui consiste à redonner de l’ambition à nos régions.

 

Michel ANGERS, maire de la Ville de Shawinigan, Canada.

 

 



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